Daniel Roguet : «une chambre d’agriculture efficace pour une agriculture forte !»

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Daniel Roguet, vous êtes président de la chambre d’agriculture de la Somme depuis fin 2001. Comment se sont passées ces onze années ?
J’ai tendance à les scinder en deux périodes : d’abord, et il faut le souligner, je ne devais pas être président de la chambre d’agriculture en 2001. Jean-Charles Catteau avait réussi à fédérer l’ensemble des forces du département pour les élections de janvier 2001 autour d’un programme de renouveau. Jean-Charles à conduit une liste unique et unie, et le début de sa mandature fut précisément axé sur la reconstruction de la chambre d’agriculture autour d’un projet de développement départemental. Son décès nous a tous profondément bouleversés et, sur un plan politique, chacun s’est alors interrogé sur les chances de voir cette reconstruction se poursuivre dans la sérénité.
Elu président, je me suis attaché à structurer à la fois les organes politiques de la Chambre d’agriculture et ses services dans le sens de ce projet. Certes, avec mes méthodes et mes mots, mais en tout cas avec le même état d’esprit de développement et le même sens du collectif. C’est de là qu’est partie la dynamique départementale «En avant Somme, le pari de l’agriculture durable». La seconde mandature que j’ai présidée à partir de 2007, a davantage été axée sur la concrétisation.
Cela ne sert à rien d’avoir une chambre d’agriculture structurée si elle ne se donne pas à 100% dans le développement collectif et, sur ce point, je crois pouvoir dire que l’énergie dépensée au cours des dernières années n’a pas été vaine.

Précisément, quel est le rôle de la chambre d’agriculture ?
Les chambres d’agriculture sont des établissements publics gérés par des élus, instaurés par la loi agricole de 1920, servant à représenter toutes les composantes de la branche agricole et à défendre et mettre en avant l’intérêt général de ce secteur économique.
A ce titre, une chambre d’agriculture est l’interlocuteur «officiel» de l’Etat et de ses services déconcentrés, du Conseil général ou régional selon qu’il s’agit d’une chambre départementale ou régionale, des communes et communautés de communes, des Agences de l’eau, etc…
C’est ainsi, par exemple, que la chambre d’agriculture est consultée pour les opérations de cofinancement portées par certaines structures à destination des projets agricoles. De par ce rôle représentatif, elle vient également en interlocuteur technique, par exemple auprès des maîtres d’ouvrage des grands travaux ou auprès d’autres acteurs économiques comme l’agro-industrie sur des sujets transversaux comme la méthanisation des sous-produits, le compostage ou la gestion des épandages.
L’autre volet est de contribuer au développement des techniques de production et à leur vulgarisation. Pour ce faire, nous produisons des références techniques par la mise en place d’expérimentations ou le suivi d’exploitations agricoles, et ensuite nous diffusons ces références au travers de journées de démonstration, de réunions d’information, de formations, et, bien sûr, les conseils individuels que nos équipes dispensent auprès des agriculteurs.
Enfin, nous assurons des missions de service public comme l’identification animale, le Centre de formalités des entreprises, l’enregistrement des contrats d’appren­tis­sage et plus récemment l’accompagnement à l’installation.

Quels sont ses moyens ?
Ils sont essentiellement humains et financiers. Le budget de la chambre d’agriculture de la Somme est proche de 8 millions d’euros. En schématisant, les ressources sont composées à 50% du produit de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti au profit des chambres d’agriculture, à 25% de conventions passées avec les collectivités et organismes publics au premier rang desquelles je citerais la Conseil général de la Somme mais aussi le CasDar, l’Agence de l’eau, la région Picardie et l’Union européenne.
Enfin, les prestations de services aux agriculteurs, collectivités et entreprises constituent le dernier quart.
Nos 75 collaborateurs sont répartis sur quatre sites : le siège à Amiens et les bureaux décentralisés d’Abbeville, de Villers Bocage et d’Estrées Mons, pour être au plus près des agriculteurs. Je voudrais rappeler les synergies que les chambres d’agriculture de Picardie ont engagées ces trois dernières années pour une véritable mutualisation de leurs moyens afin de renforcer l’efficacité et l’efficience de leurs moyens.

Quels ont été vos principales satisfactions au cours des mandats réalisés ?
Ma première satisfaction est d’ordre général : la chambre d’agriculture est présente, reconnue et bien identifiée par l’ensemble de ses interlocuteurs, qu’ils soient agriculteurs, bien entendu, mais aussi services de l’Etat, collectivités ou organismes économiques. Nous mettons une grande énergie à être réactifs et présents, et cela se ressent autour de nous. C’est essentiel pour incarner une dynamique collective.
Ensuite, il y a des satisfactions qui viennent de dossiers spécifiques : l’anticipation dont nous avons fait preuve sur le Canal Seine Nord Europe afin d’en réduire l’impact sur les entreprises agricoles impactées par ce projet. Certes, ce projet connaît une phase d’incertitude, mais je ne regrette en rien la mobilisation de tous et le travail réalisé ces six dernières années car nous sommes prêts !
L’autre sujet est celui du fonds sucre : 306 projets dans le département, pour près de 60 millions d’euros d’investissements mobilisant 13 millions d’aides européennes tant dans les exploitations agricoles que dans l’industrie agroalimentaire et ce en six mois ! Cela témoigne de la vitalité de notre agriculture et de notre réactivité collective.
De plus, grâce à notre engagement, nous avons pu élargir la liste des projets éligibles, notamment à l’élevage, et, avec l’arbitrage de la profession, nous avons servi 30% de dossiers de plus qu’initialement prévu ! J’associe, sur un même plan, la centaine de plans de modernisation des bâtiments d’élevage et les plans de performance énergétique… Bref, tout ce qui fait que le département avance !
Je citerai aussi au plan collectif la sauvegarde de l’irrigation et le développement des circuits courts et des activités de service. Enfin, avec la démarche de la protection intégrée, nous faisons la preuve chaque année que l’on peut travailler différemment et améliorer l’efficience de nos intrants.
Dans un département comme la Somme, prôner la décroissance quantitative ou qualitative sur les productions végétales serait suicidaire, mais à qualité égale, nous avons de solides références aujourd’hui pour produire autant avec moins, ou produire davantage avec autant d’intrants.

Et des regrets ?
On a toujours des regrets à commencer par celui de n’avoir pas fait davantage. Le secteur de l’élevage me tient particulièrement à cœur, chacun le sait. Et les difficultés qu’il connaît à l’heure actuelle doivent vite trouver des réponses dans l’action collective. Avec la démarche «Avenir Lait», nous avons réussi à ce que trois organismes différents fassent converger leurs méthodes d’analyse et de conseil.
C’est un début, même si c’est loin d’être suffisant ! Il nous faudra à présent être très innovants, car le monde de l’élevage change de génération, au propre comme au figuré, et ce qui a marché hier n’est pas forcément la vérité pour les dix années à venir.

Quels sont d’après vous les principaux enjeux de la prochaine mandature ?
Il m’en vient deux comme une évidence et une urgence : l’élevage et l’environnement. Pour le secteur de l’élevage, nous avons deux défis à relever : celui de la performance technique, et pour cela, nous devons jouer à fond la carte de la complémentarité végétal-animal, dans un berceau agro-industriel dense et riche en coproduits. Et celui de la performance humaine : association, salariat ou remplacement seront nécessaires pour garder un tissu d’élevage dense et compétitif.
Au-delà des volumes produits, et ils ne sont pas en baisse dans l’élevage bovin, il y a la notion de densité qui est importante : être un éleveur performant avec un grand atelier n’est pas durable si on n’a pas un minimum de voisins dans la même production. C’est important techniquement et humainement. Pour l’environnement, le schéma est presque inverse : les efforts ont déjà en grande partie été réalisés et ce qui importe aujourd’hui, c’est d’apporter des données irréfutables pour les faire reconnaître. C’est rageant de voir que le militantisme prend le dessus sur la partialité dans certaines instances à l’image ce que nous venons de vivre dans le débat sur la révision des zones vulnérables. Au-delà du périmètre, c’est à présent les plans d’actions qui vont être discutés et cela nous promet de belles empoignades, sans parler des bassins d’alimentation de captage, des schémas trame verte – trame bleue, etc…
Sans argument factuel, inutile d’espérer infléchir les ardeurs réglementaires des pouvoirs publics locaux, nationaux et européens, c’est pourquoi la chambre d’agriculture engrange un maximum de données et se prépare à les valoriser pour appuyer le positionnement politique du département.

Vous êtes élu sur la liste Fdsea-JA depuis 1995. Comment jugez-vous le programme proposé pour la prochaine mandature ?
En tant que président de la chambre d’agriculture, je fais partie du bureau de la Fdsea et j’ai pu participer à la construction du programme avec les Jeunes Agriculteurs. Le programme est dense ; il propose à la fois des actions concrètes et il donne des axes politique. J’invite chacun et chacune à le lire si ce n’est pas déjà fait. Tous les agriculteurs du département l’ont reçu, et c’est une bonne chose, car au moment du vote, chacun ne dispose que d’une profession de foi. Une profession de foi, c’est une feuille recto-verso qui peut être faite en une demi-journée dans un coin...
Ce n’est pas le cas du programme proposé par Fdsea-JA qui est véritablement le fruit d’un large consensus et d’une réflexion approfondie sur les enjeux de l’agriculture de la Somme pour la décennie 2010-2020. Il prend en compte toute la dimension de la campagne et du travail à fournir au sein du département.
De surcroît, chacun connaît mon attachement au terrain et au concret des choses. Ce qui me plaît aussi dans ce programme, c’est que les propositions sont uniquement départementales donc à notre portée. Nous ne nous désolidarisons pas des réseaux nationaux et régionaux, mais dans ces élections, il faut surtout définir ce qui sera la pierre angulaire de vos élus départementaux dans la construction de l’avenir de l’agriculture française. C’est donc un programme dans lequel je me retrouve pleinement.

Et à titre personnel ?
Je me suis rendu disponible. L’élection du président et du bureau aura lieu après le dépouillement des votes. Chaque chose en son temps. Mais je dois dire que j’apprécie la relation de travail avec Laurent Degenne, Marc Hossart, et Christophe Buisset.
Nous savons ce que chacun aura à faire après le 31 janvier, mais ce qui nous importe tous aujourd’hui, c’est ce que nous avons à faire d’ici là.

En tant que président actuel, quel message portez-vous aux agriculteurs du département ?
Celui de voter massivement, et de faire voter. Nous avions un taux de participation de 70% en 2007. C’est énorme pour une élection professionnelle, mais c’est encore 30% d’abstention pour un vote par correspondance pour lequel il suffit de poster son vote.
Un taux de participation élevé et l’occupation du territoire sont deux éléments majeurs pour garantir à l’agriculture une écoute auprès des décideurs alors que notre population active est devenue minoritaire. Je peux le dire aujourd’hui : l’écoute des pouvoirs publics sur les six dernières années, c’est le résultat combiné d’un fort taux de participation et du score élevé de notre liste en 2007 (72,5%).
Quand on a la chance d’avoir ces deux éléments, la crédibilité et les marges de manoeuvre de la chambre d’agriculture sont renforcées.

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