Trames verte et bleue : quelles conséquences pour l’agriculture ?

Retour Partager sur facebook Partager sur tweeter Imprimer l'article
Envoyer l'article par e-mail

Envoyer cet article par mail

Fermer

250 signes(s) restant(s)

 

* champs obligatoires

Un nouveau zonage environnemental se dessine pour la Picardie qui élabore un "schéma régional de cohérence écologique".

Les trames verte et bleue sont un nouveau dispositif qui est destiné à assurer une continuité biologique entre des grands ensembles naturels (forêts, zones humides, zones abritant certaines espèces par exemple) et dans les milieux aquatiques (cours d'eau, étangs, etc.) pour assurer notamment la circulation des espèces sauvages. L’objectif principal est «d’enrayer la perte de biodiversité en participant à la préservation, à la gestion et à la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques, tout en prenant en compte les activités humaines, et notamment agricoles, en milieu rural». C'est ce que précise le code de l’environnement modifié par la loi «Grenelle 2» du 12 juillet 2010 issue du Grenelle de l'environnement.
Concrètement, il s'agit d'identifier à la fois les noyaux ou "réservoirs de biodiversité" et les espaces ou "corridors écologiques" que pourront emprunter la faune et la flore sauvages pour aller d'un de ces "réservoirs de biodiversité" à un autre.

Les réservoirs de biodiversité dans le schéma régional de cohérence écologique

Carte

En rouge : 480000 ha zonés, uniquement pour les projets de "réservoirs de biodiversité" auxquels s’ajouteraient les corridors écologiques.

Les inquiétudes de la profession agricole
Bien que les textes fassent état d’une démarche globale qui prend en compte les activités humaines, pour le moment les faits montrent que les exigences écologiques dominent dans ce dispositif de trames verte et bleue.
En Picardie, les trames verte et bleue sont en cours de définition dans un document appelé "schéma régional de cohérence écologique (Srce)". Ce document doit aboutir à la définition d’un zonage des "réservoirs de biodiversité" et des "corridors écologiques". Lors de l'élaboration des documents d’urbanisme (Scot, PLU), les collectivités doivent prendre en compte ce schéma, avec le risque de classer en zone naturelle protégée des territoires et ainsi de les mettre sous cloche. Par exemple, on ne pourrait plus y construire de bâtiments agricoles ou y exercer certaines activités économiques.
Par ailleurs, une loi-cadre sur la biodiversité est en préparation au niveau national et pourrait renforcer la portée du Srce.

A noter

Trois réunions départementales de présentation de la cartographie
Oise : jeudi 31 octobre, de 14h à 17h30 à l’auditorium du Crédit Agricole - 18 rue d’Allone - Beauvais
Somme : mardi 5 novembre, de 14h à 17h30 à l’ESIEE - 14 quai de la Somme - Amiens
Aisne : jeudi 7 novembre, de 14h à 17h30 à la Maison des Agriculteurs - 1 rue René Blondelle - Laon

 

REACTION
michelLapointePetitMichel Lapointe, président de la Frsea Picardie
Attention aux impacts d’un nouveau zonage sur les activités économiques

La place de la biodiversité dans notre environnement est une évidence, notamment pour le monde agricole. La profession participe déjà à de nombreuses actions en faveur de la biodiversité : diversité d’assolement, bandes enherbées, MAE, programme Gestion des territoires en partenariat avec la Région, etc. Ces actions ne sont pas encore reconnues et valorisées à leur juste valeur aujourd’hui.
L’Etat et la Région sont en train d’écrire le Schéma régional de cohérence écologique de Picardie. Ce document doit «[traduire] des choix collectifs opérés en réponse aux enjeux régionaux, en prenant en compte les activités socio-économiques […]» (art. L.371-2 du code de l’environnement). Pour le moment, les cartes réalisées sortent tout droit d’un modèle mathématique et n’ont pas du tout été soumises à l’analyse des acteurs de terrain. Que ce soit le monde agricole, les forestiers ou encore les carriers, aucun n’a été réellement consulté pour cartographier les "réservoirs de biodiversité" et les "corridors écologiques". Par ailleurs, certains corridors ne répondent pas toujours à la définition des textes réglementaires. Quant aux impacts socio-économiques, bien qu’inscrit dans la loi, rien n’est analysé !
Il ressort de ces premiers documents qu’environ 480 000 ha sont concernés par ces zonages dans notre région. Le zonage est une chose, mais les règles qui y seront appliquées en sont une autre ! Et c’est là que le bât blesse. Pour le moment, le plan d’actions du schéma n’a pas encore été réalisé. C’est le programme du premier semestre 2014.
Cependant, il faut rappeler que le schéma de cohérence écologique doit être pris en compte dans les documents d’urbanisme. Nous craignons de voir fleurir un peu partout dans les SCOT et les PLU des prescriptions qui interdiraient le développement d’activités économiques. C'est ce que l'on voit d'ailleurs, déjà, dans un certain nombre de document d'urbanisme car le code de l'urbanisme prévoit" la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ".
Nous ne voulons pas connaitre à nouveau ce que nous avons vécu avec les «zones humides» dont les conséquences pour nos activités ne sont devenues explicites qu’après traduction dans les documents de planification. C’est pourquoi, nous serons vigilants lors de l’élaboration du plan d’actions du schéma, au niveau régional. Mais dès à présent, nous vous invitons à participer aux réunions départementales qui se tiendront à Beauvais, à Amiens et à Laon. Vous pouvez consulter les cartes sur le site Internet TVB Picardie* et vérifier si le zonage concerne des zones agricoles (cultures ou pâtures).
Une échéance nous est imposée au 14 novembre pour nous exprimer et faire modifier les cartes en fonction des réalités du terrain. C’est inacceptable ! Ce laps de temps est absolument trop court pour analyser l’ensemble des cartes de la région, sur lesquelles nous avons d’ores et déjà relevé des incohérences et dont la méthodologie d’élaboration nous laisse perplexes. La profession agricole demande un délai supplémentaire afin d’avoir le temps de valider ces données avec les acteurs du terrain. Il nous paraît indispensable de privilégier la concertation avec les activités socio-économiques gestionnaires des milieux (agriculteurs, forestiers) et de développer des actions contractuelles plutôt que d’imposer des prescriptions mal comprises ou inefficaces.

* : Site Internet de consultation des cartes : http://www.tvb-picardie.fr/?p=388

Toutes les émissions dans la médiathèque