Agriculteurs et écologistes peuvent-ils s'entendre ?

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Pour leur assemblée générale, les Jeunes Agriculteurs de la Somme ont invité Barbara Pompili, député de la Somme, écologiste, à débattre sur l'environnement et l'agriculture. Une bonne occasion de se parler, faute de pouvoir encore s'entendre. Les questions n'ont pas manqué.

«L'environnement, c'est l'outil de travail des agriculteurs ; l'écologie est à l'environnement ce que le charançon est au grain de blé !». «Les agriculteurs sont les acteurs de l'environnement». «Nous avons diminué de 35% l'utilisation des phytos, nous sommes les premiers à s'occuper de l'environnement». «C'est le facteur qui joue le plus dans ma façon de produire. Mais nos systèmes de production sont mis à mal par certains idéologues...».  Voila autant de propos de jeunes agriculteurs qui illustrent le fossé, la méfiance existant entre les écologistes et les agriculteurs. Il étaient présentés en vidéo en préambule au débat sur le thème de l'environnement organisé par les JA de la Somme à l'occasion de leur assemblée générale le 23 janvier dernier à Amiens. Un débat pour savoir si agriculteurs et écologistes peuvent s'entendre ou tout au moins se parler. Etaient donc réunis à cet effet Barbara Pompili, député de la Somme et co-présidente du groupe Europe Ecologie les Verts à l'Assemblée nationale, Céline Imart, vice présidente de Jeunes Agriculteurs en charge du dossier environnement, et Olivier Thibaut, président de l'Uplp (producteurs de lait).

Changer de modèle ?
«Il faut se parler», a d'emblée déclaré Barbara Pompili, poursuivant par des propos plutôt consensuels. «Tout le monde est concerné par l'agriculture, sans vous on ne mange pas... Vous avez besoin de vivre de votre production... A partir de là on peut parler d'environnement... Les paysans n'aiment pas les écolos, mais ce sont les premiers écolos... Après il y a des politiques sur lesquelles on a le droit de débattre», a-t-elle insisté.
Sur les pesticides, «je sais que vous vous sentez attaqués. Moi je ne le fais pas. On vous a amené dans un système d'agriculture où vous n'avez pas eu le choix. Au fil des années on s'est aperçu que ce système posait des problèmes d'environnement. Mais il faut des années pour en changer. Vous êtes les premiers à souffrir des pesticides».
Pour la député la question est de savoir comment faire pour que les agriculteurs vivent mieux.
«Je suis ravi d'entendre que les agriculteurs sont les premiers écolos», a enchaîné Céline Imart. «Mais il faudrait que ce soit reconnu dans les politiques». Et de montrer que c'est loin d'être le cas. Par exemple, «allonger les rotations permet de réduire l'usage des pesticides. Mais il faut de l'eau pour cela et la stocker. Quand on voit après ce qu'il s'est passé à Sivens, le sabotage d'un projet murement concerté !..». «Quant à la santé des agriculteurs, «il n'y a pas plus de mortalité chez eux que dans les autres catégories professionnelles», assure-t-elle, ajoutant que l'on a besoin de tous les types d'agriculture, et pas uniquement du bio que l'on met sur un piédestal».
Pour Olivier Thibaut, «c'est bien de se parler, mais la compréhension... J'ai du mal à ne pas tenir compte de la mondialisation, on est payé sur la base de cours mondiaux, les producteurs de lait sont en concurrence avec la Nouvelle-Zélande, le Nord de l'Europe. Si vous n'intégrez pas ces données, on ne pourra pas se comprendre».

Contre la mondialisation
Barbara Pompili estime que l'agriculture mondialisée tue l'agriculture française. Peut-on revenir au protectionnisme ? «Je suis 100% pour», répond Barbara Pompili, «pour un protectionnisme au niveau du continent européen. Il ne faut pas conclure d'accords avec les autres pays, leurs règles qui ne sont pas les mêmes que les nôtres». «L'agriculture française a un rôle à jouer, elle est remarquée, poursuit-elle. Au salon de l'Agriculture les gens viennent voir les produits de nos régions».
La député fait remarquer que la perception du public n'est pas forcément la même que celle que les agriculteurs ont de l'agriculture. «Pourquoi met-on toujours des vaches avec fleurs et de l'herbe sur les emballages de produits laitiers ? Parce que dans l'imaginaire collectif, la vache est dans un pré... Le système crée un fossé entre l'agriculture réelle et la société. Il faut le combler intelligemment ensemble. De tous les côtés il y a des gens extrémistes, entre les deux on peut se parler».
Céline Imart le reconnaît. «Il faut la volonté d'expliquer mieux, dépassionner le débat sur les pratiques agricoles, les phytos, le bien-être animal. Il faut faire savoir que la qualité de l'eau s'améliore d'années en années...».

Normes : la faute des politiques
Le président de l'Uplp a dénoncé l'avalanche de normes, la plupart du temps franco-françaises. «On nous donne des aides pour mettre du bois dans les bâtiments. Je préfèrerais une aide technique, pour le confort des vaches...».
Sur cette question, Barbara Pompili se range aussi du côté de la profession : «que les normes changent tout le temps, c'est ridicule !».  Mais alors pourquoi les politiques ne font-ils rien ? «C'est le problème du monde politique, répond la député. Il y a les élections, on ne veut pas déplaire. Alors, on va faire quelque chose, sans aller jusqu'au bout. Et ainsi les normes se multiplient. C'est le cas pour l'application de la directive nitrates». Et d'assurer, «je suis pour la clarté, des normes auxquelles on peut se préparer et qui une fois appliquée ne changent plus».
D'autres questions ont alimenté un débat qui aurait pu se poursuivre pendant des heures. La ferme des 1000 vaches : une concentration des animaux à laquelle Barbara Pompili s'oppose, un système qui n'impacte pas plus l'environnement et le bien-être animal que ce qui se pratique dans les élevages actuels ; «la taille n'est pas un problème», assure Olivier Thibaut. Le canal Seine Nord : un investissement très coûteux et qui ne servira à rien pour la députée, une infrastructure utile à l'économie locale, et au commerce des céréales notamment, pour la profession agricole.
«La confiance se reconstruira lentement», estime Céline Imart. «On se sent bien des fois blessé par des prises de position, ce n'est pas ainsi qu'on avancera. L'agriculture c'est un débat de société. On doit avancer avec tout le monde, se dire les choses et après aller tous sur le terrain pour se rapprocher les uns des autres».

Défendre, communiquer, former : trois maîtres mots en 2014

Comme d'ordinaire, l'année 2014 aura été riche en activités au sein de Jeunes Agriculteurs de la Somme. «On ne le dira jamais assez : notre syndicat est là pour défendre des jeunes agriculteurs, pour en installer des nouveaux, et pour les former pour devenir des responsables» a souligné une fois encore Guillaume Clop, secrétaire général de JA 80, pour introduire son rapport d'activités. Un rapport présenté en trois parties : la première reprenait les activités liées au renouvellement des générations en agriculture (RGA), la seconde mettait en avant la communication faite sur le métier d'agriculteur, et la dernière, sur la mobilisation sur le réseau, fut une bonne transition avant le rapport moral d'Armand Paruch, président.
Le groupe RGA avait concocté une petite vidéo retraçant les événements de l'année écoulée : la journée installation que le canton d'Ailly-le-Haut-Clocher a réalisé en mars, accueillant 150 élèves venus rencontrer des jeunes installés ; l'Oscar de l'Installation, décerné à Florian Balesdent, jeune agriculteur installé en 2013 sur le canton d'Ailly-le-Haut-Clocher en polyculture élevage ; ou encore l'inauguration de la pisciculture de Nandor Triboulet, jeune passionné installé à la Chapelle-sous-Poix, en septembre.
Le groupe communication intervenait en seconde partie sous forme d'un sketch. L'occasion d'aborder de façon humoristique les foires où JA est présent par l'intermédiaire du pose à terre, Papilles en fête ou encore les interventions dans les écoles primaires. «Le groupe communication, c'est aussi une page Facebook à gérer, un site Internet, une lettre mensuelle "Somme's au Courant», «des plaquettes de communication ou encore un concours à destination des collégiens» a ajouté Guillaume Clop avant de revenir sur la force du réseau JA, en abordant les manifestations syndicales ainsi que les séminaires de formation proposés par la structure. «Car quand les jeunes poussent, c'est toute l'agriculture qui grandit».

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