Conjoncture : les difficultés à l’échelle régionale

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La Chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France a réuni, avec la FRSEA, les OPA de la région pour avancer sur les solutions à déployer à court et moyen terme.

La crise sur les récoltes ne connaît pas les frontières géographiques. En effet, aucun département de la région Hauts-de-France ne peut se targuer d’y échapper. Certes, il y a bien des nuances au sein de la grande région, comme au sein de chaque département, mais c’est bel et bien une récolte épouvantable qui se profile dans la région Hauts-de-France, avec quantité en chute libre, qualité en berne et, pour achever le sombre tableau, «des concurrents à l’export qui font eux une récolte exceptionnelle, ce qui  maintient des cours déprimés», souligne Bertrand Magnien, président de la Fédération régionale des coopératives.
En réunissant le 5 août, à Amiens, les organisations agricoles des Hauts-de-France, Christophe Buisset, président de la Chambre régionale et Laurent Verhaeghe, président de la FRSEA, n’avaient aucun doute sur les difficultés qui allaient ressortir de cette moisson, globalement à moitié avancée à l’échelle de la région, mais comptaient bien faire avancer les réponses des acteurs économiques de la filière. «Du concret, du pratique, et du rapide, car cette crise frappe les céréaliers et se rajoute à deux années de crise en élevage», telles étaient les attentes exprimées par Christophe Buisset, en structurant les débats sur trois axes : le volet réglementaire et administratif, le volet structurel et financier, et le volet social.

Des assouplissements administratifs
Sur le premier volet, les démarches ont été entreprises à l’échelle de chaque département, comme de la région.  Des demandes de dérogations sur les Cipan et SIE ont été formulées. Des demandes ont été aussi faites pour une diminution de la pression des contrôles physiques en ferme. Enfin, il a été demandé que des arrêtés de «cas de force majeure» soient pris. Ces arrêtés, engagés dans les départements du Nord et de l’Oise, permettent de reconnaître une situation exceptionnelle, laquelle justifiera ensuite des mesures exceptionnelles qui seraient demandées. Ainsi peut-on, par exemple, autoriser le versement des DPB sur une parcelle ayant subi une coulée de boue, puis une inondation en juin, et qui n’aurait pas été réensemencée.
Sur la Pac, la situation rend encore un peu plus intolérable les retards de versement de DPB 2015, notamment pour les jeunes installés et les mouvements fonciers. Une situation qui devrait significativement avancer le 10 septembre prochain. Par ailleurs, une démarche est entamée avec les préfectures et les directions régionales des finances publiques pour préparer des mesures sur les reports d’impôts et sur la taxe du foncier non bâti (TFNB).

Urgence et stratégie sur le structurel et le financier
Les trésoreries seront dégradées de l’ordre de 500 € par hectare. Derrière une moyenne se cachent de grandes amplitudes, mais la tendance est là. Elle est le résultat du conjoncturel et du structurel. Derrière le structurel, il faut entendre la hausse des coûts de production constatée depuis plusieurs années. Dans une situation d’endettement régulièrement lourd, la conjoncture place bon nombre d’exploitations à un niveau de difficultés inattendu. Christophe Buisset propose deux axes de travail : l’urgence sur la trésorerie des exploitations  et le long terme sur le pilotage des exploitations  (cf. encadré).
«Ma priorité, c’est que notre profession assure collégialement le bon déroulement des cycles culturaux et, pour cela, il faut arriver à mettre en place avec les banques «une année blanche». Ensuite, nous devons reprendre le travail de vulgarisation agricole, sur les coûts de mécanisation, sur les Cuma, sur les outils de protection comme les assurances, la DPA ou l’à valoir sur les cotisations MSA. Ces outils existent, ils sont peut-être imparfaits, mais ils sont sous-utilisés. Cette année, ils auraient fait grand bien aux exploitations, mais ça, c’est un second temps, qui se mettra en place avec la campagne prochaine», détaille-t-il.
Les partenaires bancaires présents ont confirmé, de leur côté, être en phase active pour apporter au plus vite ces solutions, en lien avec les organismes stockeurs. Ils rappellent aussi que bon nombre de contrats de prêts disposent d’office de mécanismes de «pause» et de «modulation», qui sont activables simplement.

Le volet social,avec sensibilité
Le dernier point traité lors de cette réunion, c’est celui du social. En agriculture, qui dit social dit cotisations, et les caisses de MSA ont fait part de leur écoute pour reporter et échelonner les cotisations, et des dispositions à prendre concernant le prochain appel qui a été émis (cf. encadré). Mais, surtout, les organisateurs ont insisté sur la mise en place de cellules départementales de prise en charge des situations plus sensibles.
«Nous allons devoir parfois trouver des solutions pour aider celles et ceux qui n’y voient plus clair. Cela passe par de l’écoute, parfois par de l’accompagnement par des dispositifs de type agriculteur en situation fragile, non pas pour marquer les gens au fer rouge mais, au contraire, pour pouvoir mettre en place autour d’eux un accompagnement plus présent. Enfin, il ne faut pas exclure que certains d’entre nous n’aient plus la force de continuer, et pour ceux-là, il faut réactiver des dispositifs d’accompagnement tels que la préretraite par exemple»,  souligne Christophe Buisset.  Rendez-vous est pris en septembre, avec l’objectif au niveau régional d’avoir déployé les mesures de conjoncture, et de commencer à tourner la page.

 

Deuxièmes appels de cotisations sociales

Les seconds appels ont été lancés début août et prévoient un règlement en septembre, soit par prélèvement, soit par chèque ou virement. Les caisses de MSA demandent à chaque agriculteur qui le souhaite d’appeler pour modifier (échelonner le paiement), et ce, avant le 25 août, pour les situations de prélèvement automatique.
Tél : MSA Picardie : 03 22 80 60 02
MSA Nord-Pas-de-Calais : 03 20 00 20 00


Des repères régionaux à l’échelle des Hauts-de-France

Surface en blé : 847 300 ha, soit 46 % de la SAU
Cultures céréalières (blé, orge, escourgeon, maïs) : 59 %
Rendement moyen 2014 : 94 quintaux/ha
Première région productrice de blé
50 % de la récolte destinés à l’export


REACTIONS

Christophe Buisset, président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France
Je le redis, l’urgence, c’est d’assurer au plus vite la trésorerie pour pouvoir repartir sur 2017. Un tel accident climatique est imprévisible à cette dimension, et les agriculteurs ne sont pas passés du statut de «très bons techniciens» en 2015 à «nuls» en 2016. Il faut ramener vite de la sérénité : ce qui se passe est douloureux, mais ça fait partie du métier, et il ne faut ni douter de ses capacités, ni avoir des doutes au jour le jour. Qu’on soit céréalier, éleveur ou autre, il faut au plus vite y voir clair dans sa trésorerie pour ne plus craindre le lendemain. Pour cela, j’attends des banques la capacité à mettre en place une «année blanche». On met ce qu’on veut derrière ce terme. Pour moi, c’est de faire en sorte que chaque agriculteur ait la capacité à faire face à ses coûts de production, à ses intrants, à faire vivre sa famille, et à ne pas mettre sa ferme en difficulté sur les prochaines années. Donc, en clair, prêter maintenant, et rembourser au bon moment. S’il faut aider à la caution, c’est là que j’attends la filière. Et pas que céréalière, car il ne faudra pas aider que les surfaces de blé. Ensuite, il faut que chaque département se dote d’une cellule plus rapprochée pour les situations qui seront les plus tendues économiquement et moralement. Nous traversons une crise inédite, et il faut comprendre que certains ont besoin d’être davantage écoutés et épaulés.»

Laurent Verhaeghe, président de la FRSEA
«Nous avons une profession dont l’unité est enviée par tous les corps de métier autour de nous. Cette unité, c’est la question du moment : si on l’a tous, que chacun fait l’effort, prend l’engagement nécessaire et ses responsabilités pour contribuer à la résolution de la crise, alors cet accident sera vite en voie de cicatrisation. On ne peut pas avoir le rang de première région agricole et agroalimentaire de France et laisser les agriculteurs longtemps dans le doute. Il faut de la trésorerie, une forme d’année blanche, de quoi remettre en route la machine pour notre profession. Elle vacille mais, derrière elle, c’est toute la région qui vacille. D’ailleurs, le principal point que j’attends des pouvoirs publics et des parlementaires, c’est qu’ils assument leurs responsabilités. Une crise, ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est le niveau de vulnérabilité réglementaire des fermes, qui ont perdu la majorité des moyens de protection des marchés et des crises en moins d’une génération, et qu’on plombe avec du réglementaire improductif. Quand on a une difficulté d’entreprise, on taille dans l’improductif. En agriculture, l’improductif, c’est la réglementation, pas le marketing ou la communication.

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