Mobilisation réussie des producteurs de lait

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Ils étaient un peu plus d’une cinquantaine de l’Oise et de la Somme, qui avaient été prévenus au cours de l’après-midi. La FNPL avait alors appris que des négociations allaient enfin reprendre mardi 30 août. L’objectif de la mobilisation des producteurs était de montrer leur détermination à obtenir une revalorisation du prix du lait, en manifestant devant les usines du groupe.
Les présidents des sections lait des FDSEA de l’Oise et de la Somme, Alain Gille et Olivier Thibaut, ont rappelé la tentative avortée de la semaine précédente : les producteurs du Grand Ouest, rejoints par leurs collègues d’autres régions, dont les Hauts-de-France, avaient occupé l’accès du site Lactalis de Laval, qui est en même temps le siège social du groupe. Mais un référé a obligé à lever le blocage au bout du cinquième jour, à la demande de l’industriel qui avait mis fin à tout espoir de négociation, hormis la proposition qu’il a faite aux représentants d’OP d’une hausse de 1,5 centime d’euro par litre.
«Une provocation», estimait Alain Gille en rappelant le niveau dérisoire de rémunération du lait, qui est devenu depuis près de deux ans inférieur aux coûts de production. «Les agriculteurs ne sont pas com­me les autres Français, puisqu’une loi interdit de vendre à perte. Nous demandons simplement de pouvoir vivre de notre métier, de notre travail et de notre production.»
Il s’agissait ici d’une action symbolique, les producteurs ayant seulement marqué leur présence sans bloquer ni l’accès de l’usine, ni la circulation routière sur le tout nouveau rond-point. Ils ont laissé sur place un «Mur de la honte» de pneus usagés, empilés le long de la grille d’accès à cette usine de conditionnement de lait de consommation.

Recherche du juste prix
Le but était aussi de rappeler au public une situation anormale, voulue par le principal collecteur privé de France, devenu le leader sur le marché mondial des produits laitiers, qui, en étant l’acheteur qui paie le lait le moins cher, entraîne ses concurrents dans une spirale à la baisse. Les manifestations qui se déroulaient dans l’Oise, comme sur les autres sites Lactalis en France, concernaient de fait tous les producteurs laitiers.
La solution sur laquelle travaillent les organisations syndicales de producteurs est à la fois dans une régulation de la production et dans le partage des marges au sein de la filière, tout en cherchant une revalorisation des prix de vente à la consommation. Or, force est de constater que le lait ou certains produits laitiers restent des produits d’appel dans les grandes surfaces : du lait en briques Lactel est proposé à 51 centimes d’euro dans une enseigne commerciale quel­ques jours avant la rentrée scolaire. Et si les GMS font tout pour proposer des produits moins chers que leurs concurrents, l’effort financier est fait par leurs fournisseurs… qui peuvent être tentés de diminuer encore les prix des produits qu’ils achètent, en cherchant eux aussi à se positionner au mieux sur le marché. On tourne en rond, aux détriments des producteurs ; et peut-être au profit des consommateurs, si le partage des marges est équitable.
Mais force est de constater que la grande distribution se porte bien et que des entreprises comme Lactalis également… Pour preuve, la croissance régulière de ce groupe par rachat d’entreprises, comme dernièrement la fromagerie normande Graindorge. Avec le risque pour les producteurs d’une concentration des acheteurs telle qu’il n’y aura pratiquement plus de concurrence, comme cela est observé pour la viande avec le groupe Bigard, comme le disait Luc Smessaert, producteur de lait dans l’Oise et vice-président de la FNSEA.
La mobilisation va donc continuer, en attendant une amélioration significative du prix du lait, espérée du fait d’une remontée des cours au niveau mondial. En prolongement de ces actions devant les usines Lactalis, les producteurs se relaient dans les grandes surfaces pour faire retirer ou demander le déréférencement des produits des nombreuses marques du groupe Lactalis (Lactel, Président, Bridel…).

«Un accord satisfaisant, mais on n’a pas gagné»

Retour sur les raisons de la mobilisation et l’accord obtenu, avec Olivier Thibaut, président de l’UPLP.

Avant de revenir sur l’accord obtenu avec Lactalis, pourquoi vous êtes-vous mobilisés ?
Bien que Lactalis soit l’un des plus gros collecteurs de lait en France et dispose de nombreuses marques permettant de créer de la valeur ajoutée, c’est celui qui ne joue pas le jeu avec les producteurs. Preuve en est avec la charte des valeurs mise en place par la FNPL et proposée aux enseignes de distribution et aux transformateurs. Lactalis a refusé de la signer. Mais surtout, alors que c’est celui qui pourrait les payer le plus, c’est celui qui les paie le moins. C’est inadmissible. Et d’autant plus inadmissible que par les prix bas qu’il pratique, il tire le marché vers le bas. De même, Lactalis est particulièrement dur avec les producteurs tant dans les relations qu’il entretient avec eux que dans les contrats qu’il leur propose.

Quelles étaient vos revendications ?
L’objet de la pression était la revalorisation des prix. Il faut une revalorisation, même si ce n’est que pour finir moins mal l’année. En faisant remonter les prix par Lactalis, on pourra mettre la pression sur les autres transformateurs pour qu’ils s’alignent derrière. Telle était la stratégie. Notre travail a une valeur. Il ne faut pas la détruire, d’autant que nous sommes un peu en sortie de crise en termes de volumes. En effet, la production ayant baissé, le marché sera moins encombré. L’excuse de la surproduction, avancée par les enseignes de distribution et les transformateurs, n’a plus de raison d’être. Ce que l’on attend d’eux désormais, c’est qu’ils donnent des signaux tout de suite aux producteurs, notamment en termes de prix.

Justement, que pensez-vous de l’accord signé avec Lactalis ?
C’est un accord satisfaisant. Une fois cela dit, on n’a pas gagné. On a juste remis quelques euros supplémentaires sur notre prix du lait. Mais cela ne couvre pas notre prix de production, pas plus que cela nous paie un salaire et nous renfloue nos trésoreries. En revanche, ce qui est positif, c’est ce que cet accord va nous permettre de négocier avec les autres groupes.

Pourquoi les autres groupes n’ont-ils pas été visés ?
Il y avait urgence avec les prix pratiqués par Lactalis, mais les autres groupes ne sont pas oubliés non plus. Nous menons également des actions auprès d’eux, mais moins spectaculaires, au travers de négociations, d’entretiens et de coups de téléphone. On sait, chez les autres, à qui s’adresser directement.

Que pensez-vous des mesures d’accompagnement à la baisse de production du lait ?
Cette décision de l’Europe arrive un an et demi trop tard. A mon avis, ceux qui souhaitent continuer à produire ne doivent pas se freiner car les marchés vont reprendre. Chacun doit agir en cohérence avec son système d’exploitation et non en fonction des modes ou des opportunités.

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