«La goutte d’eau qui fait déborder le pulvé !»

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INTERVIEW

Michel Lapointe
Président de la Frsea Picardie

Le projet de loi d’avenir livre chaque jour son lot de surprises. Le statut de l’animal hier, l’interdiction d’utiliser les insecticides de jour avant-hier, et aujourd’hui : l’interdiction de tout produit phytosanitaire à moins de 200 m de toute habitation ! Michel Lapointe, président de la Frsea Picardie réagit.

Quel a été le facteur déclencheur de ce projet de loi ?
"Des enfants ont été pris de crises de toux à la suite d’un traitement réalisé à proximité de leur école alors que le vent soufflait vers cette école. Les mauvaises pratiques d’un agriculteur jettent le discrédit sur l’ensemble de la profession, même quand globalement, nos pratiques sont respectueuses des citoyens. Ce que curieusement les politiques ne disent pas, c’est qu’il s’agissait d’un agriculteur bio qui épandait du soufre.
Cet exemple est symptomatique : il montre bien que nous devons plus que jamais être rigoureux et respectueux des bonnes pratiques, quels que soient les systèmes. En tant que «syndicalistes responsables» nous devons continuer à communiquer et sensibiliser nos adhérents sur le respect des règles de base : pas de traitement phyto avec un vent à plus de 19 km/h, respecter les zones non traitées, etc. Notre métier étant de transformer l’énergie du soleil en nourriture pour les hommes, il ne faut pas commencer par les intoxiquer en protégeant les cultures !"

Pensez-vous qu’un événement comme celui-là nécessite de légiférer sur le sujet ?
"Bien sûr que non ! Est-ce qu’on ferme une autoroute chaque fois qu’un automobiliste se fait flasher ?
Je le répète, la plupart des agriculteurs travaillent bien. Nos gouvernants réagissent uniquement par coups médiatiques.
On fait dans le sensationnel, plus jamais dans le rationnel. On légifère comme on fait une conférence de presse ! D’ailleurs l’Europe, qui n’est pas en reste sur ce genre de sujet, n’a pas de disposition aussi radicale ; et je le rappelle encore une fois, dans un marché unique, toute disposition allant au-delà des règles communes détruit de l’activité et de l’emploi.
Il est vrai que notre économie se porte tellement bien que nos gouvernants peuvent se permettre de se lever le matin en se disant : «quel secteur d’activité pourrai-je bien pénaliser aujourd’hui ?».

Quelles seraient les conséquences pour la ferme picarde ?
"Aucun agriculteur ne peut mettre en place une culture, même avec des itinéraires limitant les intrants, sans être assuré de pouvoir les protéger. Avec une telle réglementation, c’est une ceinture de 200 m autour de chaque habitation qui se retrouverait ainsi abandonnée. Au passage, les efforts importants faits pour développer le maraîchage en périphérie des villes seraient d’ailleurs neutralisés. En Picardie, ce seraient plus de 260 000 ha qui sortiraient purement et simplement de la production, soit près de 20 % de la SAU totale de la région. A moins que l’Etat se décide à nous racheter ces surfaces pour les entretenir, pensez-vous que les habitants de nos communes souhaitent voir orties, chardons, ronces comme paysage de leurs fenêtres ?
Au niveau national, la production ainsi perdue, atteindrait l’équivalent des exportations de blé de la France vers les pays tiers -11 millions de tonnes-, ou pire encore, ce serait l’importation de denrées produites on ne sait comment ! Au-delà de l’agriculture, la perte de compétitivité amènerait les industriels que nous fournissons soit à fermer des usines, soit à importer pour les approvisionner".

Au niveau de la Frsea, comment allez-vous réagir à ce projet ?
"Ce qui me frappe d’abord, c’est que l’interdiction des traitements phytosanitaires est décidée pour 2020 pour les collectivités et 2022 pour les particuliers : pourquoi, serait-ce immédiat pour les agriculteurs ?
Deuxièmement, même l’agriculture biologique est atteinte, car si ce système se limite aux produits d’origine naturelle, ils ne sont pas sans effet, sinon ils ne serviraient à rien. La meilleure preuve en est le produit à l’origine du problème : le soufre.
Dans la démocratie française, le pouvoir peut tout décider.
Et en plus, dans notre système français, on ne connait que le marteau pilon pour enfoncer une punaise.
Notre mission est d'alerter le préfet, le conseil régional, les conseils généraux, les parlementaires, bref ceux qui décident. En rappelant sans cesse que la santé de tous est notre préoccupation première, et que par une gestion de bon sens, nous savons concilier bien être et activité en monde rural.
A moins que charmés par les apôtres de la décroissance, nos décideurs préfèrent faire de nos villes et villages des réserves protégées pour abriter des chômeurs".

 

Surfaces qui seraient perdues en Picardie

 

 

 

SURFACE CONCERNÉE PAR LES 200 MÈTRES (HA)

 

SAU (HA)

 

PART DE LA SURFACE CONCERNÉE DANS LA SAU

AISNE

98 512

507 850

19%

OISE

76 129

377 213

20%

SOMME

89 797

474 214

19%

PICARDIE

264 438

1 359 277

19%

Source : Chambres d’agriculture de Picardie

 

 

 

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