Produits phytos : la restriction des usages se poursuit

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La journée technique Arvalis a réuni le 14 novembre à Amiens plus de 300 techniciens des régions Picardie, Nord-Pas-de-Calais et limitrophes. Echos des communications.

En préambule aux sujets proprement techniques, la journée a débuté par quelques repères sur la conjoncture céréalière mondiale et sur la réforme de la Pac. «La gestion économique des exploitations agricoles doit être pluri-annuelle», a souligné Benoît Pages en conclusion de la partie économie. Ce constat résulte de la progression lente mais régulière des charges et d’une volatilité marquée des prix de vente et donc des revenus. Ces résultats économiques sont en repli en 2013 par rapport aux années 2010 à 2012 pour se positionner au niveau des années 2000-2005, affectés par les choix de gestion et les résultats des récoltes précédentes. Quant à la PAC, la réforme en préparation se caractérise par un changement radical du calcul des soutiens publics et des aides à l’hectare en baisse pour les grandes cultures.

Suspension de l'utilisation des néonicotinoïdes
La partie technique a d’abord été abordée sous l’angle réglementaire. Anne-Sophie Colart a rappelé qu’un nouveau règlement européen suspend pour deux ans à partir du 30 novembre 2013 la mise en marché et l’utilisation de semences traitées avec des produits de la famille des néonicotinoïdes. Sont concernés le léthiaméthoxam composant du Cruiser, la clothianidine composant du Poncho et l’imidaclopride du Gaucho (entre autres). Ces produits ne pourront plus être utilisés sur de nombreuses cultures dont le maïs, le pois, le colza, et les céréales semées entre janvier et juin (l’usage en traitement de semences pour les céréales d’automne a été conservé). A noter que les trois-quarts des orges d’hiver et près du tiers des blés tendres ont reçu un traitement de semences Gaucho à l’automne 2012.

Les pyréthrinoïdes contre la cécidomyie orange
En matière de lutte contre la cécidomyie orange, la synthèse pluriannuelle des efficacités insecticides a été complétée par les essais de 2013. Elle valide le fait que les pyréthrinoïdes permettent de réduire de 30% la population de larves par épi par rapport à un témoin non traité. La nuisibilité étant chiffrée entre 0 et 2 quintaux/ha pour une larve par épi. Pour optimiser ces efficacités, il faut surtout bien positionner le traitement ; c’est-à-dire traiter pendant le vol des adultes. Côté variétés, Belepi, Lyrik et Oregrain (inscriptions 2013) ont été confirmées ‘tolérantes’ à la cécidomyie orange suite aux essais menés cette année.

Règlementation "abeilles"
La réglementation "abeilles" a été abordée avec ses conséquences sur la lutte contre la bruche de la féverole. En matière de lutte contre les pucerons, ça se complique également pour les pois et la féverole… Contre le puceron vert du pois protéagineux, seul Pirimor est homologué. Ca tombe bien, il est très efficace. Certains produits de la gamme "Karaté" comme le Karaté Xpress et le Karaté Zéon ont vu leur mention "abeilles" renouvelée par la Dgal depuis avril 2013 mais avec de nouvelles restrictions : deux applications dont une seule en phase de floraison. Les autres moyens de lutte envisagés comme la date de semis, la variété, l’augmentation du volume de bouillie et le recours à des auxiliaires ne semblent pas donner des résultats probants pour l’instant. Les recherches s’orientent vers les médiateurs chimiques, les phéromones sexuelles et la résistance génétique. Trois pistes jugées prometteuses mais à moyen-long terme. En 2013, le piégeage sera testé avant la floraison avec une phéromone sexuelle, un mélange de molécules de synthèse attractives en vue de mieux connaître la courbe d’attractivité de l’insecte.

Nouveau catalogue des usages
Sur l’aspect réglementaire, un nouveau catalogue des usages sera rendu officiel en 2014. Il aura pour conséquence de diminuer de 60% les usages orphelins. En contrepartie ce nouveau mode de classement suscite de nombreuses interrogations quant à la dose qui sera retenue si le produit est homologué sur deux cultures (exemple blé tendre et orge d’hiver) mais à deux doses différentes, sur les phytotoxicités, sur les efficacités et aussi sur les LMR (limites maximales de résidus). Demain encore plus qu’aujourd’hui, il conviendra de bien lire les étiquettes (informations réglementaires) et les documents techniques qui reprendront les notions de doses, efficacités…

ZOOM

Comment améliorer la teneur en protéines des blés ?
Combiner le rendement, la teneur en protéines et les exigences en matière d’environnement, c’est le triptyque de la fertilisation du blé.
Quelles avancées sont-elles possibles dans ce contexte, où il faut à la fois concilier la compétitivité des exploitations et maintenir les rendements tout en améliorant la teneur en protéines, critère fondamental pour répondre aux exigences des marchés et en répondant aux exigences environnementales.
Malheureusement, la teneur en protéines des blés français stagne au regard des rendements depuis plusieurs récoltes et ne franchit plus la barre des 11,5 depuis 2008. De nouveaux axes de recherche sont explorés mais le champ d’études est vaste. Bien sûr, le progrès génétique a permis d’améliorer la qualité des blés français et le choix variétal est un des premiers critères permettant d’atteindre des teneurs en protéines élevées. Une fois la dose d’azote optimale calculée par la méthode du bilan, il s’agit de maîtriser au mieux les apports azotés par un fractionnement au plus près des besoins, par l’utilisation de formes d’engrais les plus efficaces et par la limitation des pertes par volatilisation.
Des essais régionaux ont été menés par Arvalis et d’autres partenaires (chambres d’agriculture, coopératives et négoces) afin de mieux accompagner les conseils en termes de fertilisation azotée quel que soit le type de sol (limons, cranettes, argiles et sables). Ces essais touchent à la dose, au fractionnement, aux dates d’apports et à l’évaluation des outils de pilotage. Deux enseignements parmi d’autres montrent qu’il vaut mieux éviter un apport trop précoce au tallage et qu’un apport tardif à dernière feuille en utilisant un outil de pilotage, est facilement valorisé dans la région car il permet de maintenir le rendement et de favoriser le taux de protéines.
La performance de différentes formes d’engrais azotés a été testée sur blé pour des modalités classiques telles que l’ammonitrate, l’urée solide et la solution azotée et sur des spécialités récentes telles que Nexen, Apex ou Appetizer. Nexen et Apex sont de nouvelles formes d’engrais contenant de l’urée mais formulée de sorte à éviter la volatilisation qu’on peut parfois rencontrer avec ce type de produit. Dans le contexte des années 2012 et 2013 où ces produits ont été testés, les conditions n’étaient pas propices à la volatilisation, et les résultats étaient équivalents à l’ammonitrate. Ce qui, en soi, est déjà très intéressant. Beaucoup de travaux sur la minéralisation et la volatilisation devraient encore permettre de maximiser les performances des engrais apportés. Affaire à suivre.

POIS DE PRINTEMPS
Après avoir démontré que le progrès génétique apporte un gain de rendement de 0,5 quintal par hectare et par an au pois protéagineux de printemps, Fabienne Boizet a montré que le plafonnement constaté est dû pour 4 à 5 quintaux au climat, à savoir les déficits hydriques et excès d’eau, l’effet des températures élevées et à certains phénomènes rares (défaut de rayonnement, gel,…) mais pénalisants. Les pratiques culturales comme la présence de pois dans la rotation trois fois en cinq ans ou plus, pénalisent le rendement comme l’aphanomyces bien sûr mais aussi les conditions d’implantation et le choix des parcelles. «Une analyse plus approfondie est nécessaire pour mieux expliquer l’évolution des rendements et essayer de quantifier plus finement l’impact des différents facteurs», a conclu Fabienne Boizet.

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