Le prix du lait ne se décrète pas il se calcule

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Les producteurs de lait se sont mobilisés pacifiquement le 6 novembre pour dénoncer l'insuffisance des prix et le non respect des contrats.

L’année 2013 a été chaotique pour les producteurs de lait. Avec de nombreuses manifestations au début de l’année, puis l’intervention d’un médiateur en avril annonçant une hausse de 25 euros les 1000L, que chaque entreprise a interprété à sa façon. Certaines laiteries l’ont appliqué sur trois mois, d’autres l'ont appliquée puis reprise, et certaines ont considéré cette augmentation pour l’année et ont fixé un prix «politique». Difficile de s’y retrouver !
La Fédération nationale des producteurs de lait (Fnpl) considère que la situation n’est «plus supportable » ni «plus acceptable». Elle a donc lancé un mot d’ordre de mobilisation pour le vendredi 6 décembre. Même si le prix du lait s’est amélioré depuis le début de l’année, la Fnpl considère que l’augmentation n’est pas suffisante et qu’elle ne reflète pas les réalités du marché. Certaines entreprises comme Lactalis ne respectent pas les contrats laitiers. «Elles décident du prix du lait sans négociation avec leurs producteurs et utilisent les contrats comme alibi pour payer le lait moins cher». Elles vont même jusqu’à «cuisiner les clauses defixation du prix du lait pour en faire leur interprétation», a expliqué la Fnpl dans un communiqué de presse.
Nous sommes donc allés à la rencontre des responsables de l’Uplp pour avoir leur point de vue sur la situation dans la Somme. Nous avons aussi demandé aux responsables des principales laiteries de la Somme comment ils voient le premier semestre 2014.

Interview des responsables de laiterie
Quels sont les perspectives pour votre laiterie en terme de prix du lait pour le premier semestre 2014 ?

DucrocqBernard Ducrocq, président de Lact’Union 
"Nous avons besoin de lait"
«Les prix pour l’année 2014 seront nettement supérieurs à ceux de l’année 2013. Nous décidons du prix du lait en fonction des marchés.Tout le monde peut le constater, les prix du beurre et de la poudre sont à des niveaux intéressants.Nous avons passé des hausses auprès de la grande distribution sur le second semestre. Le lait UHT a été revalorisé, pas à la hauteur que nous espérions, mais il y a eu des hausses. A moins d’un renversement de conjoncture, chose que l’on ne pense pas puisque la demande est bonne, le prix de la matière première devrait rester élevé.
Nous avons besoin de lait. Les nouveaux investissements vont commencer à fonctionner à la fin de l’année : il nous faut du lait pour les alimenter. Les volumes sont donc à la hausse et nous préférons acheter le lait à nos éleveurs plutôt que sur le marché. Les éleveurs peuvent donc produire, les prix B sont corrects et il n’y a aucune crainte sur la rentabilité du prix avec notre système. Nous commençons bien l’année avec un prix prévu pour le mois de janvier de 350 euros les 1000L. Et nous sommes prudents... On le fait car on pense que nous avons les moyens de le faire».

DemarestVincent Démarest, membre du bureau de la CLHN
«Nous allons donner des perspectives aux nouveaux investisseurs et aux jeunes» 
«Le prix du lait sera très bon dans les prochains moins, du même ordre que celui du quatrième trimestre 2013, c’est-à-dire autour de 350-360 euros. Nous n’avons pas encore défini le prix pour janvier, ni la grille de saisonnalité pour 2014. Si la grille se rapproche de celle de l’année dernière, il faudra prendre en compte la saisonnalité de janvier qui se traduit par une baisse de 15 euros.
Nos prix pourraient être meilleurs si on avait davantage de lait. Cependant, nous devons honorer nos contrats, qui portent sur les produits de grande consommation et qui sont moins porteurs que les produits industriels. Si nous avions davantage de lait, nous pourrions aller sur les marchés des produits industriels et avoir une meilleure valorisation pour notre lait. Les producteurs peuvent produire, nous le leur avons dit. Nous avons, toutefois, besoin d’engagement de la part des producteurs pour savoir combien ils vont produire et nous préparer à recevoir du volume supplémentaire. Nous ne sommes pas limités par la demande.
Nous travaillons actuellement sur un projet, qui sera annoncé officiellement au début de l’année prochaine. Nous souhaitons donner des perspectives aux nouveaux investisseurs et aux jeunes, et leur donner la possibilité de développer leur production. C’est ce qui va marquer le début de l’année 2014».

GaffetOlivier Gaffet, président de SodiaalUnion Nord
«Le prix va se situer autour de 350 euros/1000L pour le premier trimestre» 
«Nous avons notre propre grille à Sodiaal. Le prix du lait va se situer autour de 350 euros les 1000L pour le premier trimestre. Le prix sera peut-être plus élevé autour de nous, mais nous ne souhaitons pas démarrer trop haut et avoir notre grille déstructurée en fin d’été sachant que nous ne savons pas comment seront les marchés au second semestre. Nous avons besoin de lait en fin d’année, et nous préférons garder de la marge pour cette période, et payer le lait plus cher.
Plus généralement, nous sommes optimistes pour le prix du lait, il sera meilleur en 2014 qu'en 2013. Les marchés sont porteurs, il y a de la demande. Il faut que les producteurs en profitent pour produire».

TheronSébastien Théron, président de l’association des producteurs de lait du Vimeu
«Tout dépendra des marchés »
«Nous nous sommes réunis en conseil il y a quelques jours pour discuter du calcul du prix du lait pour l’année 2014. Ce calcul se fera de la même façon qu'en 2013. Le prix de base sera le prix 2013 de chaque mois de l’entreprise, prix auquel nous appliquerons les indicateurs du Cniel. Une grille de saisonnalité y sera ajoutée. Il faudra compter environ 11 euros de moins de février à avril, mais ces 11 euros seront remis en été. Nous avons proposé une grille plus lisse, afin d’éviter d’avoir trop de baisse en été, comme nous l’avons connu cette année.
Pour le premier trimestre, nous devons avoir de grosses hausses de prix car les prix allemands sont élevés et les indicateurs de marché sont favorables. Par la suite, si les marchés se maintiennent, chose que j’espère, les prix seront bons».

ThibaultInterview Olivier Thibaut
Secrétaire général de l’Uplp
«Nous nous battons pour la production laitière et pour les producteurs»


La Fédération nationale des producteurs de lait (Fnpl) a donné un mot d’ordre de mobilisation vendredi 6 décembre, pourquoi n’avez-vous pas fait d’actions musclées ?
«De nombreux corps de métier manifestent ces derniers mois. Il n’y a presque pas un jour sans mobilisation. Pour nous, manifester dans les grandes surfaces n’était pas la meilleure solution. D’autant plus que nous avons fait une bonne action de communication le 29 novembre avec les bornes Ecopaille. Et nous avions peur que le grand public ne comprenne pas nos revendications. Nous devons être clairs dans nos messages et sur notre cible. Nous avons donc décidé de rencontrer les responsables des principaux collecteurs de lait dans le département : Lact’Union, Sodiaal, Senagral et Lactalis pour demander des explications». 

Comment se sont passés les rencontres avec les responsables de laiterie ?
«Nous avons abordé de nom- breux sujets, en particulier le prix du lait. Certaines entre- prises vont verser des complé- ments de prix en fin d’année, ce qui nous rassure. Avec d’autres comme Lactalis, les discussions restent très diffi- ciles. Les organisations de producteurs jouent et doivent continuer à jouer leur rôle, même si ce n’est pas toujours évident.
Autre sujet important abordé, l’avenir de la filière laitière. Avec l’Uplp, nous souhaitons voir le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide. Il est vrai que même si nous avons un bon prix du lait, les charges restent élevées. A cela s’ajoutent les contraintes envi- ronnementales et sociales. La réforme de la PAC va être dif- ficile pour nous producteurs de lait. Nous devons nous y préparer. Malgré tout, il y a des signaux positifs : une croissance de la consomma- tion des produits laitiers au niveau international, des pro- ducteurs de lait et des laite- ries qui investissent pour l’avenir. Des possibilités de développement et d’installa- tion en production laitière s’offrent à nous. Nous devons prendre le train en marche, sans toutefois nier la réalité. Nous continuerons à nous battre pour la production lai- tière dans ce département et pour les producteurs. Nous avons donc besoin d’unité dans la filière».

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